L’abbatiale de la Sainte-Trinité de Lessay
Selon la page du site Internet Wikipedia
consacrée à cet édifice : « L’abbaye
bénédictine de Lessay, EXAQUIO ou la SANCTA TRINITA
EXAQUII, a été fondée sut la paroisse de Sainte Opportune,
diocèse de Coutances, vers 1056 par les barons de La
Haye-du-Puits, Richard Turstin, et sa femme Emma. Cette
fondation est confirmée par son fils Eudes, Sénéchal de
Guillaume-le-Conquérant…. En 1098, Eudes au Capel y trouve
sa sépulture dans le chœur. »
Avant de visiter l’abbatiale de Lessay,
nous savions qu’il s’agissait d’une église romane. Et c’est
bien ainsi qu’elle apparaît au premier coup d’œil (images
1 et 2). Cependant, en y regardant de plus près,
nous avons été très surpris de repérer en certains endroits
un appareil de pierres qui ne semblait pas d'époque romane.
Ainsi sur l'image 3,
l’appareil, régulier sur presque toute la surface, est
irrégulier dans le coin inférieur gauche. De même, on
observe des différences d’appareil sur l'image
6. Seul le transept (image
7) nous semblait authentique. Mais ce pouvait
n’être qu’une impression trompeuse. Nous avons eu la réponse
à l’intérieur de l’église. Un panneau d’information explique
aux touristes que cette église a été presque entièrement
détruite durant les combats de Normandie, en juin 1944 (images 4 et 5). Sur l'image 5, on peut voir
quel était l’état de cette église à l’issue de ces combats.
Grâce à l’effort de paroissiens courageux, cet édifice a pu
être relevé de ces ruines.
On découvre par ailleurs en lisant la page de Wikipedia que
cette église avait auparavant subi d’importants dommages en
1356 durant la Guerre de Cent Ans.
Sur les images 8 et 9,
la tour de croisée du transept ainsi que le chevet ont fière
allure. Une allure romane. Cependant, l'image
5 prouve que c’est le résultat de la restauration
postérieure aux destructions de 1944. Auparavant, la tour de
croisée était recouverte d’un toit à bulbe.
L’intérieur (images
10, 11, 12 et 13) a aussi fière allure. Mais
comment était l’église avant les destructions de 1356,, puis
de 1944 ? On aimerait bien répondre ; « exactement comme
aujourd’hui ». Mais est-ce bien le cas ?
On constate que les bas-côtés sont voûtés d’arêtes (image
15) alors que le vaisseau principal est voûté en
croisée d’ogives (image 11).
Nous estimons que la voûte en croisée d’ogives est nettement
plus performante que la voûte d’arêtes. Il nous semble que
si les trois vaisseaux avaient été voûtés simultanément, ils
auraient tous été voûtés en croisées d’ogives. En
conséquence, nous envisageons que le vaisseau principal ait
été voûté après les collatéraux.
Les chapiteaux (images 18,
19, 20 et 21), dépourvus de toute originalité, ne
sont pas très révélateurs.
Datation
Concernant cet édifice, nous allons déroger à la règle que
nous avions fixée au préalable : ne jamais se fier aux «
preuves » de datation par des écrits. Nous estimons en effet
que dans un très grand nombre de cas, ces écrits ne
permettent pas d’assurer l’authenticité d’une datation.
Mais, dans le cas présent, on assiste à une convergence des
observations. Nous avons déjà vu grâce à la page de
Wikipedia que l’abbaye avait été fondée vers 1056. Sur la
même page de Wikipedia, on apprend que : «
en 1178, l’abbatiale est consacrée, bien après son
achèvement, par Rotrou, archevêque de Rouen. ».
Notre hypothèse est la suivante : l’abbatiale primitive
aurait été construite à partir d’un plan très élaboré. Les
piliers de la nef, de type R1110,
devaient porter des arcs doubles (ou à double révolution).
Côté collatéral des arcs doubleaux permettaient de porter
des voûtes d’arrêtes. Le vaisseau central n’était pas voûté
mais charpenté. Une datation aux alentours de 1056 est
envisageable pour l’élaboration du plan, la construction
ayant sans doute pris plusieurs années, voire plusieurs
dizaines d’années. Environ un siècle plus tard, on aurait
décidé de remplacer le toit charpenté par une voûte sur
croisée d’ogives. La consécration de 1178 pourrait
éventuellement correspondre à la fin de cette deuxième
campagne de travaux.
Datation estimée pour la première construction, de peu
postérieure à celle de Barneville : an 1075 avec un écart de
50 ans. Pour la construction des voûtes d’ogives : an 1200
avec un écart de 50 ans.