Introduction au chapitre de l’évolution de l’architecture
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de l'architecture • Article
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1. Quelles
sont les « preuves » d’une évolution ?
C’est une question rencontrée fréquemment mais toujours
indirectement, par « ouï-dire » : « Moi
je veux bien croire ce que raconte ce monsieur Breton.
Mais où en est la preuve ?
».
La notion même de preuve est complexe, faisant appel à des
travaux initiés par le philosophe grec Aristote, mais ayant
depuis fortement évolué. Et récemment encore, grâce aux
travaux sur l’intelligence artificielle. Nous aurons
l’occasion d’y réfléchir ensemble au début du chapitre
suivant, intitulé : « Essais de datation ».
En attendant les résultats de cette réflexion, nous adoptons
comme postulats de base certaines hypothèses émises au cours
de nos recherches sur le Premier Millénaire, qui ont débuté
il y a à peine plus de quatre ans. Mais dont les premiers
résultats permettent d’assurer la plausibilité des
hypothèses.
Deuxième
postulat : une évolution universelle mais contrastée
Le mot « universel » doit être traduit dans sa conception
antique différente de la nôtre. Pour un esclave des romains,
l’univers est la villa de son maître qu’il n’a pas le droit
de quitter. Pour son maître, au contraire, l’univers est
beaucoup plus étendu. Et pour les plus fortunés, jusqu’aux
frontières de l’Empire, autour de la Méditerranée. Sans
abonder, les écrits, souvent anodins, témoignent d’une telle
conception universelle (les voyages de Saint Paul, le poème
sur la Moselle du Bordelais Ausone, la carte de Peutinger
permettant à un simple particulier de voyager dans tout
l’Empire romain). En conséquence, il est facile d’imaginer
que toute innovation réalisée en un endroit de l’Empire se
répandait rapidement à toutes les parties de celui-ci. En
fait tous les spécialistes sont d’accord là-dessus. Mais la
plupart estiment que les « invasions barbares », vers la fin
du quatrième siècle, ont donné un coup d’arrêt à ces
échanges. Alors que nous-même estimons que l’arrêt des
échanges entre Occident et Orient s’est fait beaucoup plus
tard, à partir du VIIesiècle et d’une façon
progressive.
Il nous faut aussi accepter l’idée que l’évolution puisse
être contrastée. Telle innovation architecturale peut avoir
été adoptée dans une région et refusée dans une autre. Il
s’agit là d’une hypothèse et non d’un postulat car nous
n’avons pas rencontré de cas avéré concernant le Premier
Millénaire. Mais de tels cas existent sous nos yeux en ces
débuts du XXIesiècle, à l’image des deux
villes : Dubaï et Paris, La première nous apparaît
résolument futuriste, alors que la seconde fait office
d’attardée, engoncée dans des monuments vieux de plus d’un
siècle. A voir superficiellement ces deux villes, un
observateur extérieur pourrait en déduire que les habitants
de Paris ne sont pas suffisamment évolués pour construire
des immeubles de plus de 30 mètres de hauteur. Bien sûr on
sait que ce n’est pas le cas.
Ce qui est vrai pour deux villes du XXIesiècle
doit l’être tout autant pour deux régions de l’ex empire
romain au VIesiècle En conséquence l’hypothèse
d’une évolution contrastée durant le Premier Millénaire doit
être envisagée sérieusement afin de moduler les estimations
de datation.
Troisième
postulat : des anomalies explicables... qu’il faut donc
expliquer
Nous avons constaté que, en ce qui concerne les églises
dites romanes et dans de nombreux cas, les commentaires sont
descriptifs et non explicatifs. Ceci est plus
particulièrement vrai en ce qui concerne les anomalies de
construction. Et mieux encore ! ces anomalies ne sont même
pas décrites. Pourtant les anomalies peuvent apporter
d’importants renseignements. Elles signalent très souvent
l’existence de transformations importantes. Les ignorer
revient à ignorer ces transformations. La démarche est donc
d’identifier les anomalies et à s’efforcer de les expliquer.
Le postulat est que toute anomalie est explicable. Et doit
donc être expliquée.
Et si on n’arrive pas à trouver une explication ? Eh bien il
ne faut pas hésiter à le reconnaître. Mieux vaut passer pour
incompétent que donner une réponse qui égare
l’interlocuteur.
Quatrième postulat : «
Sans cesse sur le métier remettez votre ouvrage »
Il faut concevoir cette recherche comme dynamique. Les
premières années de travail ont amené à des conclusions.
Conclusions qui doivent être réexaminées après la découverte
de cas particuliers imprévus. Les nouvelles conclusions
seront à réexaminer plus tard. Et ainsi de suite.
Les images ci dessus viennent en appui
du raisonnement : Ainsi les images
1 et 2 nous montrent que deux églises, situées à
près de 200 kilomètres l’une de l’autre (Béziers et Besalù)
sont dotées de piliers exactement semblables. Ces piliers
ressemblent à ceux de Beaumont (image
3), de Gérone (si on fait abstraction des
demi-colonnes engagées, image
4), Pour ces deux dernières églises, les impostes
sont différentes de celles de Béziers et de Besalù. Cela
peut signifier des datations différentes. Il existe aussi
des ressemblances avec les piliers des églises du
Proche-Orient (images 5
et 6) … si on fait abstraction des pilastres
posés ultérieurement pour voûter les églises.
Les images 8, 9 et 10
présentent des coupoles, a priori semblables, mais
construites différemment : la première (Panthéon de Rome)
utilise la technique de l’opus
caementicum ou béton coulé. On remarque que,
extérieurement (image 7), la silhouette trapue du bâtiment est analogue à
celle d’une borie (technique de la voûte à encorbellements).
Les coupoles de Saint-Front de Périgueux sont en pierres
appareillées. La pierre sommitale forme clé de voûte. La
troisième (coupole du Duomo de Florence) est une voûte en
anneaux superposés à centres coaxiaux. On sait que cette
coupole, œuvre de Brunelleschi, fut dès son époque
considérée comme une importante innovation. Il est plus
difficile de l’assurer en ce qui concerne les coupoles de
Saint-Front de Périgueux par rapport à la coupole du
Panthéon de Rome. Pourtant c’est très probablement le cas.
Mais où se situe l’innovation ? L’histoire de la
construction du dôme de Florence peut donner un élément de
réponse. En effet, l’invention de Brunelleschi est liée à
une question financière : les commanditaires du projet ne
voulaient pas que la construction utilise des cintres
(grandes formes en bois remontant à partir du sol destinés à
supporter la voûte durant sa construction) considérés comme
trop coûteux. Brunelleschi a réussi l’exploit de s’en
passer. Il est donc possible que la construction, à
Saint-Front de Périgueux, de coupoles analogues à la coupole
du Panthéon de Rome, ait été considérée comme plus coûteuse
que celles que l’on voit actuellement. Pour en être sûr, il
faudrait savoir comment chacune des coupoles a été montée.
Les images 11 et 12 ont
été mises là pour expliciter le troisième postulat
concernant les anomalies. Apparemment ces deux images sont
semblables, même si quinze siècles séparent les dates
d’édification de ces deux monuments. Pourtant sur l’arc de
triomphe de Montpellier, on distingue à la base sur le
piédroit soutenant l’arcade … une porte !
- Et alors ? une porte ? En quoi ça peut vous gêner qu’il y
ait une porte ? - Oui mais … sur l’arc de Béra il n’y a pas
de porte ! … Et s’il y a une porte, cela signifie qu’il y a
une pièce à l’intérieur et s’il y a une pièce, cela signifie
que le bâtiment est creux. Cette porte est d’ailleurs
nécessaire, car dans le cas d’un bâtiment creux il faut
pouvoir accéder à l’intérieur pour prévenir des
infiltrations. Et donc s’il n’y a pas d’accès à l’intérieur,
le bâtiment doit être plein. En admettant qu’il n’y ait pas
de porte à Béra (nous n’en avons pas fait le tour) cela
signifierait que ces deux bâtiments apparemment semblables
ont été construits de deux manières très différentes. La
présence d’une simple porte conduit donc par un enchaînement
logique à des conclusions inattendues.
2.
Le plan du chapitre « Évolutions »
Nous avons décidé d’adopter une démarche séquentielle en
développant successivement et après l’actuel paragraphe
intitulé « : A.
Introduction », trois grands paragraphes dont voici
le sommaire :
B. Première approche : La
nef basilicale à trois vaisseaux : 1. La méthode de
classification comparée, 2. Évolution des arcs et des
voûtes, 3. Évolution des piliers, 4. Évolution des nefs à 3
vaisseaux, 5. Les règles de base et les projets en vue
d’établir une datation cohérente, 6. Étude statistique sur
les nefs triples en vue d’une datation, 7. Premiers essais
de datation des nefs de basiliques à trois vaisseaux.
C. Autres édifices :
1. Étude statistique sur les nefs à un seul vaisseau, 2.
Étude statistique sur les nefs à plan centré, 3. Les nefs à
étage, à plan circulaire ou polygonal,
4. La nef en croix grecque, 5. Divers autres édifices à plan
centré, 6. Le portique, 7. Le baptistère.
D. Évolution des autres
parties d’une église : 1. L’ouvrage Est, 2.
L’ouvrage médian, 3. L’ouvrage Ouest, 4. Le clocher, 5. La
crypte.
Ce plan n’est pas figé. Il est lui-même évolutif. Il sera
certes respecté dans les grandes lignes, mais dans le
détail, il pourra y avoir des modifications et des ajouts.