Les contraintes symboliques : le microcosme
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Dans la page précédente, nous avons vu que l’homme primitif
avait conçu l’univers comme sphérique (ou hémisphérique).
Une sphère qu’il pouvait imaginer par la rotation du soleil
durant le jour et des étoiles durant la nuit. Cette rotation
se faisant autour de lui, le centre de cette sphère ne peut
être que en lui-même. Et donc il est enclin à s’imaginer que
le cosmos est composé de sphères concentriques, la dernière
n’étant autre que son propre corps.
L'image 1 est
révélatrice de cette idée. Les cercles concentriques sont
sans doute représentatifs des sphères cosmiques. A moins
qu’ils symbolisent les « ondes cosmiques » : lorsqu’on lance
une pierre dans l’eau, il se produit à la surface de l’eau
une série de vaguelettes disposées en cercles concentriques.
Il est possible que le dessinateur ait voulu interpréter
l’influence des astres sur chaque homme en particulier.
Cette idée de microcosme était déjà bien présente dans les
images de dômes de la page précédente : l’homme, souvent un
prince, est le personnage central de ces édifices. Il est
entouré d’un premier microcosme, sa cour. Le deuxième
microcosme est le dôme de l’édifice qui les surplombe. Le
troisième est la capitale du royaume où se trouve le dôme.
Un quatrième est le royaume dirigé par le prince.
Mais il faut bien comprendre que cette conception «
microcosmique » n’est pas réservée aux seuls princes. Toute
personne détentrice d’un pouvoir peut s’ériger son propre
microcosme. Rien que pour la seule petite ville de Béziers,
nous avons pu en déceler quatre : la sacristie de Saint
Nazaire (XVesiècle), la chapelle de la Vierge
de Saint-Aphrodise (XVIIesiècle), la cour
carrée de l’Hôtel de Ville (XVIIIesiècle), la
rotonde de Saint-Jean (XIXesiècle).
Le livre de la Propriété des Choses (XV
esiècle) témoigne de l’influence des astres sur
les humains. Ainsi l'image
2 s’efforce de montrer que les astres représentés
par le Zodiaque sont associés à des saisons. Mais à ces
saisons sont aussi associées des couleurs, qui sont les
couleurs des liquides (on dit aussi « humeurs ») du corps
humain. Il existe donc une interaction entre les astres et
le corps humain.
Les images 3 et 4 symbolisent
cette interaction.
On aurait tort d’ironiser sur l'image
5 de la prière musulmane. Car elle aussi est
symbolique de cette idée de microcosme. En reproduisant par
son corps la courbure du ciel le musulman veut s’imprégner
des bienfaits de celui-ci.
Les images
suivantes 6, 7 et 8,
de la nécropole de Bagawat montrent que des tombes peuvent
reproduire le schéma cosmique. Il s’agit ici de tombes
chrétiennes coptes mais on peut retrouver le même type de
tombe chez les musulmans.
L'image 9 représente
une couronne impériale ayant fait partie du trésor de
Constance d’Aragon XIVesiècle. Remarque : il
est possible que cette couronne soit beaucoup plus ancienne
car son style est tout à fait différent de celui du XIVesiècle.
Cette couronne est à l’image du cosmos, hémisphérique et
orienté.
Les images
10, 11 et 12 peuvent sembler anachroniques.
Pourtant elles sont aussi représentatives du microcosme.
Ainsi la calotte des cardinaux (image
10) symbolise la sphère du cosmos. Cette image du
cosmos se retrouve aussi dans la chasuble du prêtre (image 11). Ou à tout
le moins dans sa partie haute, dorée. Il y a sur cette
chasuble un trou par où le prêtre introduit sa tête. Cette
tête et le corps du prêtre représentent l’axe du monde.
On retrouve la même idée d’axe du monde dans l’habit du
prêtre shinto. (image 12).
On aurait tort de négliger et, à plus
forte raison, de se moquer de ces croyances. Comment
d’ailleurs seront jugées les nôtres dans près de mille ans ?
Ces croyances des hommes du Moyen-Âge, elles ont irradié
leurs habitudes, leurs comportements , leurs mœurs. Voire
même leurs modes de pensée, leurs façons de raisonner.
Et, fatalement, elles ont imprégné leurs réalisations
artistiques ou architecturales. On l’a déjà vu en ce qui
concerne les monuments à coupole. On le verra un peu plus
loin en ce qui concerne les portails ou d’autres
réalisations. Mais soyons conscients qu’il nous reste encore
beaucoup à découvrir sur ces croyances et sur les effets
qu’elles ont provoqués.