Les contraintes techniques : les matériaux 

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Il ne s’agit pas de faire ici un inventaire de tous les matériaux de construction et de décrire leurs propriétés avec force détails. Le lecteur désireux d’en savoir davantage se rapportera à des revues spécialisées. Il faut cependant tenir compte des remarques suivantes. D’une part l’auteur de ces lignes n’est pas un spécialiste en résistance des matériaux et il n’a même pas lu les revues auxquelles il renvoie le lecteur. Son analyse est presque uniquement basée sur les observations qu’il a pu faire sur les monuments anciens. D’autre part, les sculpteurs ou architectes du Moyen-Âge n'étaient pas, tout comme lui-même, des théoriciens de la résistance des matériaux. Mais ils avaient une bonne connaissance du matériau qu‘ils utilisaient et savaient ce qu’ils pouvaient faire et ce qu’ils ne devaient pas faire avec ce matériau. En conséquence, l’observation de ce qu’ils ont fait peut permettre d’avoir une meilleure connaissance de leurs savoirs.

Les principaux matériaux utilisés durant le Moyen-Âge ont été le bois et la pierre. Néanmoins, d’autres matériaux ont pu avoir été aussi utilisés : les métaux et ce que nous avons appelé « la pierre reconstituée ».


Les principaux matériaux utilisés ont été le bois et la pierre.

Le bois : Le bois a été peu utilisé comme matériau de gros œuvre. Un texte de Grégoire de Tours parle d’une église construite en bois et il est probable qu’il y en a eu quelques autres. En effet, bien qu’il existe peu de témoignages, la tradition de construire en bois existait déjà chez les Gaulois. Cette tradition a d’ailleurs perduré jusqu’au XVIesiècle. De cette époque datent quelques églises de Champagne, construites en bois. On connaît aussi les maisons à armature de bois du XVesiècle, de diverses villes du centre de la France. Mais plus encore, les stavkirckes de Norvège (image 1), églises construites entièrement en bois, auraient constitué la majeure partie des édifices de cette contrée nouvellement christianisée. Néanmoins, dans les autres pays, l’usage du bois a été réservé aux charpentes des toits ou à des outils de construction (engins de levage, charrettes, etc.). Les qualités du bois sont les suivantes : bonne résistance à la compression, bonne résistance à la flexion. Le bois est léger et il n’est pas cassant. Par contre, il ne résiste pas à certaines agressions comme l’humidité, l’acidité du sol ou les insectes xylophages. Remarquons aussi que les qualités du bois dépendent de son essence.

Les images 2 et 3 permettent d’effectuer une comparaison entre les propriétés du bois et de la pierre. Ainsi, sur l'image 2, on peut voir deux maisons attenantes abritant des boutiques en rez-de-chaussée. Sur celle de gauche, le mur de façade du premier étage est supporté par une poutre en bois. Sur celle de droite, le mur analogue est supporté soit par des linteaux monolithes (récemment restaurés ?), soit par des arcades en pierre. Remarquer que la largeur de baie est plus importante en ce qui concerne le bois. Pour de mêmes dimensions, un linteau en pierre aurait cédé sous le poids du mur. D’ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer de tels linteaux en pierre fendus en leur milieu (image 4). Le même type d’observations peut être réalisé à partir de l'image 3 (large portée des poutres en bois, faible portée ou arcades pour les linteaux en pierre).


La pierre : Tout comme pour le bois, les qualités de la pierre dépendent de sa nature (grès, calcaire, marbre, basalte, ..). Plus généralement, la pierre a une très bonne résistance à la compression et une beaucoup moins bonne résistance à la flexion ou au fléchissement. Une pierre mise en porte-à-faux peut casser par l’effet de son simple poids (si la portée est forte et l’épaisseur faible). Par contre, une planche de bois de même longueur et de même épaisseur résistera à cette contrainte..

L'image 4 montre un linteau de pierre présentant une fente en son milieu. Le linteau n’a pas cédé mais légèrement fléchi provoquant une nouvelle répartition des forces dans la partie de mur située au-dessus.

Les images 5 et 6 montrent que, pour que les linteaux de pierre résistent aux fortes poussées, ils doivent être très épais.


Les métaux : les métaux, et parmi eux plus particulièrement le fer, ont été très peu utilisés dans la construction de monuments romans ou préromans. Ils sont surtout présents dans les cadres des vitraux (pour le fer) ou les assemblages de ces vitraux (pour le plomb). Les images suivantes permettent néanmoins de déceler l’usage de certains de ces métaux dans des cas très particuliers.

Sur l'image 7 du temple gréco-romain de Garni (Arménie), on remarque à la base (coin inférieur gauche un alignement de petites cavités. Ces cavités alignées sont plus apparentes sur l'image 8. L’existence de ces cavités est révélatrice de la méthode de construction gréco-romaine consistant à sceller les pierres entre elles. Les romains posaient les pierres l’une sur l’autre en ayant pris soin de creuser au préalable une petite cavité dans la face supérieure de la pierre du dessous et une autre dans la face inférieure de celle du dessus. Une pièce de métal (en général du plomb) était logée entre les cavités et assurait la cohésion de l’ensemble (par assemblage du style mortaise-tenon). Ultérieurement (peut-être même à une période récente), des voleurs ont recueilli ce métal en creusant dans le marbre les petites cavités que l’on voit actuellement.

Sur l'image 9, on peut voir une grille de protection en fer forgé. De telles grilles ne sont pas soudées. Les ferrailles sont arrondies en volutes, puis rassemblées entre elles et enserrées dans des colliers. Un tel type de fabrication peut dater du XIIIesiècle mais le modèle a été conçu bien avant cette période.

Le fer a aussi été utilisé pour les ferrures de portes (image 10).

On a pu aussi utiliser le bronze sous forme de feuilles pour recouvrir les portes en bois. Comme ici en Italie (images 11 et 12). Ces portes de bronze sont relativement récentes (XIIeou XIIIesiècle), mais ailleurs en Italie (par exemple à San Zeno de Vérone), on en trouve de beaucoup plus anciennes pouvant être datées du premier millénaire.


La pierre reconstituée : Avant même l’époque romaine, les hommes s’étaient aperçus que l’on pouvait obtenir des éléments solides comparables à de la pierre à partir de particules fines agglomérées. Et ce grâce à des réactions chimiques provoquées par l’eau (ciment, plâtre) ou le feu (verre, terre cuite). Tous ces matériaux et les techniques pour les mettre en œuvre ont été utilisés durant le premier millénaire mais avec une moindre ampleur que les deux précédemment cités (le bois et la pierre).

La terre cuite : pierre reconstituée par l’action du feu. Il en existe plusieurs sortes :

La brique : Il s’agit d’un petit pavé d’argile séché au soleil puis cuit au four. On rencontre la brique dans diverses constructions de l’Antiquité Tardive ou du Haut Moyen-Âge (images 13, 14 et 15).

La tuile présente dans les constructions romaines. Elle servait pour couvrir les toits. En fait il y avait deux types de tuiles : les tuiles plates appelées tegulae et les tuiles rondes appelées imbrices. Ces deux types de tuiles sont présentes sur l'image 16 (basilique d’Odzoun en Arménie).

Le verre est lui aussi une sorte de terre cuite. Mais le matériau de base n’est pas de l’argile mais de la cilice. Le verre est nettement plus coûteux que l’argile car les temps de cuisson sont plus importants. De plus, sa préparation et son façonnage sont délicats. Il est utilisé pour les vitraux (images 17 et 18).


La pierre reconstituée par l’action de l’eau : il s’agit ici des divers liants ou enduits.

Le ciment était très utilisé par les romains. Entre deux parements de pierre comme ici à Zvartnots (Arménie), les maçons introduisaient des moellons plus grossiers liés entre eux par un ciment (image 19).

Le ciment pouvait être aussi utilisé pour coller des mosaïques (image 20).

Le plâtre est, quant à lui, plus rare. On le trouve dans des décorations en stuc.

Les divers enduits qui pouvaient recouvrir les murs. Ils servaient en général de support pour les fresques murales (image 21).


Enfin il ne faut pas oublier que les artisans du Moyen-Âge ont su utiliser des matériaux précieux comme l’ivoire (image 22), l’or, les camées, les pierres précieuses, les intailles (image 23), les émaux (image 24. Remarque : cette œuvre n’est pas attribuable au premier millénaire mais plus sûrement au XIIIesiècle).