L'église Santa Maria Maggiore de Civita Castellana  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.

Ce monument a fait l'objet d'une étude approfondie par Enrico Parlato dans le livre « Rome et Latium romans » de la Collection Zodiaque. En voici quelques extraits :
« L'histoire architecturale de la cathédrale romane s'inscrit dans un cadre chronologique clair et bien délimité, grâce à la documentation historique et épigraphique, éclaircie dernièrement dans l'étude de Paola Rossi (1986) : la construction de l'édifice commença dans la neuvième décennie du XIIesiècle et fut achevée au terme de celui-ci, avec la réalisation des portails d'entrée. C'est d'un peu plus tard que date la construction du porche où on lit encore aujourd'hui les dates de 1210 et 1228, montrant les limites extrêmes pour les travaux de construction. [...]

[...] À l'extérieur, l'église a conservé presque intacte sa physionomie romane, bien visible dans le sanctuaire triabsidé, dans le clocher qui se dresse sur le flanc gauche et dans l'architecture du porche (image 1). Mais une fois franchie la porte d'entrée, l'espace à nef unique avec voûte en berceau est dominé par une coupole qui s'élève à la croisée du transept (images 2, 3 et 4). C'est le résultat de la profonde transformation de l'édifice opérée en 1736 et 1740 par l'architecte Gaetano Fabrizi à la demande de l'évêque Francesco Maria Tenderini, opération qui a conféré à l'église un caractère spatial d'un classicisme conventionnel. C'est pourquoi il vaudra la peine de reconstituer la structure médiévale sachant que le pourtour de la construction est demeuré inchangé, en se basant sur la description donnée dans la visite pastorale en 1738 et reproduite par Cardinali (1935) : le corps basilical était divisé en trois nefs scandées par douze supports avec alternance de piliers et de colonnes (voir le plan de l'image 17). [...] ».

Mon Dieu ! Que ces choses là sont bien dites ! C'est ce que nous avons tendance à affirmer après la lecture de ce texte : « opération qui a conféré à l'église un caractère spatial d'un classicisme conventionnel ». N'est-ce pas une belle phrase que cette phrase là ?

Mais on a l'impression que, à l'issue de ces belles phrases, on n'a pas appris grand chose. En particulier comment l'auteur - ou la personne à qui il se réfère, Paola Rossi - a-t-il pu déterminer que « la cons«truction a commencé dans la neuvième partie du XIIesiècle » ? S'il y a bien une chose que nous ne comprenons pas dans cette histoire, c'est que personne ne semble avoir réalisé à quel point cette phrase pouvait être un non sens. La neuvième décennie du XIIesiècle c'est l'intervalle temporel [1190-1200]. Déjà lorsque l'auteur propose une date de fin de travaux, il se base sur deux dates, 1210 et 1228. Laquelle est la bonne ? Elles sont distantes de deux décennies ! Et on n'est même pas certain que l'une de ces deux dates consacre la fin des travaux, mais la pose d'un décor ou la consécration d'un autel. Mais revenons-en à la date de début des travaux. A priori, aucun document écrit d'époque ne vient étayer les affirmations de l'auteur. Et pourtant il est formel : neuvième du XIIesiècle ! Bravo ! Belle démonstration de connaissances ! Mais à des personnes aussi catégoriques, on aimerait visiter avec elles leur propre ville, où elles ont vécu et travaillé. Et leur désigner certaines maisons en leur demandant quelle a été la décennie de leurs constructions. Nous sommes certains du résultat ! L'incapacité pour chacun d'entre nous d'estimer au jugé la décennie de construction d'une habitation même récente. Ce test d'examen de constructions relativement récentes devrait être pratiqué par tout historien de l'art. Il réaliserait ainsi la difficulté de proposer une datation. Car la reconnaissance par le style est délicate. Certaines constructions modernes sont avant-gardistes, d'autres passéistes. Il réaliserait aussi qu'une construction peut évoluer dans le temps. Dans le cas présent, tout semble figé. L'auteur dit qu'il y a eu une construction antérieure qui a disparu. Puis la construction romane entre 1190 et 1220. Rien avant. Rien après jusqu'à 1740.

Le plan de l'image 17 reproduit celui de l'église primitive qui selon nous devait être préromane : nef à trois vaisseaux charpentés, absence de voûtes (hormis le cul-de-four de l'abside).

Nous pensons que dans les travaux de 1740, le plan de l'édifice initial a été conservé. Avec une légère différence : des cloisons ont été posées entre les travées consécutives des collatéraux, transformant la nef triple en nef unique flanquée de chapelles latérales. Comme cela se voit souvent, les piliers et colonnes anciens auraient été conservés mais noyés dans les piliers actuels.


D'après le plan de l'image 17, l'église devait posséder un transept qui jouxtait les absides. Ce transept n'appartenait pas à l'église primitive. Il aurait été construit après en remplacement de trois ou quatre tracées de la nef.

Au fur et à mesure de la progression de notre recherche, nous commençons à réaliser que, aux alentours du Xesiècle, les plus gros efforts de construction n'ont pas porté sur les constructions d'églises entièrement nouvelles, mais sur le réaménagement des églises anciennes par la construction de transepts et de cryptes. Les deux pouvant être liés. Ce pourrait bien être le cas ici. On constate en effet que le plan de la crypte (images 18 et 5) coïncide parfaitement avec le plan du transept et du chevet de l'église supérieure.


L'église Sainte Marie conserve de nombreux restes de son passé antique, préroman ou roman. Du passé antique, on note des autels païens (images 9 et 10), un fragment de colonne avec dieux et déesse (image 12), un devant de sarcophage paléochrétien (image 13) . Mais la pièce qui nous intéresse le plus est un autre devant de sarcophage représentant une chasse à courre au sanglier (image 11). La scène semble profane, mais il faut savoir que durant l'Antiquité le profane n'existait pas. Toute scène devait avoir un sens caché, symbolique ou religieux.

D'autres pièces sont plus récentes, comme des clôtures de chœur (image 14). Celle de l'image 15 est portée par un sphinx. Une autre est portée par un lion protecteur d'un homme nu (image 16). Si le lion protecteur est fréquent dans l'art roman, le sphinx y est absent. On le retrouverait plutôt dans l'art gothique tardif.


Datation envisagée pour l'église Santa Maria Maggiore de Civita Castellana (l'église primitive dont les restes se retrouveraient insérés dans les murs et piliers de la nef, ainsi que dans les murs des absides) : an 850 avec un écart de 200 ans.