L'abbaye du Saint Sauveur de Montecorona 

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La page du site Internet Wikipedia, traduite de italien par un programme automatique, nous apprend ceci : « Histoire et description : C'est entre 990 et 992 que saint Romuald vient prier dans un ermitage, qu'il place sous le vocable du saint Sauveur, sur le Mont Acuto, à une vingtaine de kilomètres de Pérouse. Les camaldules construisent ici leur monastère en 1008, que saint Pierre Damien dirige en 1052. L'église supérieure est consacrée en 1105 par l'évêque de Gubbio, Giovanni da Lodi (saint Jean de Lodi). Au début du XIIIe siècle, le monastère connaît la décadence et le pape Grégoire IX le confie aux cisterciens. Les moines arrivent de Citeaux en 1234, mais la région est difficile et il n'est jamais florissant. [...] »

Cet article de Wikipedia est un classique. Nous rencontrons fréquemment ce type d'article que nous ne cessons de critiquer. Un subtil mélange de précision et d'imprécision. La précision, on la trouve dans la phrase : « C'est entre 990 et 992 que saint Romuald vient prier dans un ermitage ». Mais l'imprécision est dans la même phrase, car on est appelés à se demander quels sont les documents qui ont permis d'affirmer cela. Le néophyte – comme nous l'étions il y a quelques années – a tendance à accepter sans émettre de doutes de telles affirmations. Par expérience, nous savons que ces écrits ont été recopiés sur des écrits antérieurs, lesquels sont aussi des copies d'écrits antérieurs. Alors, bien sûr, à l'origine, un érudit local a sans doute eu entre les mains des actes datés de 990 et 992. Les a-t-il correctement traduits ? Les a-t-il correctement interprétés ? Et comment les auteurs qui l'ont recopié ont-ils retrancrit son message ? Car bien souvent, ce qui n'était qu'une hypothèse pour un premier rédacteur devient une certitude pour le rédacteur suivant.

Notons surtout un anachronisme dans cette suite de phrases ; « Les camaldules construisent ici leur monastère en 1008 ... L'église supérieure est consacrée en 1105 ». Cet anachronisme n'apparaît pas à première vue. Il découle du fait que la consécration d'une église est en général considérée – c'est sans doute le cas pour les auteurs de ce texte – comme la célébration d'une fin des travaux. Or une consécration est indépendante d'une fin de travaux. Et d'abord ce n'est pas une église qui est consacrée, mais un autel.

Mais si on suit sans discernement le raisonnement sous-jacent à cet enchaînement de phrases, on en déduit que l'église dont la construction a débuté en 1008 a été achevée en 1105. Les auteurs disent certes que c'est le monastère et non l'église qui a été construit en 1008, mais il est difficile d'imaginer que des moines s'installent sans qu'il y ait un lieu de culte. Où se situe donc l'anachronisme ? Dans le fait qu'il aurait fallu près de 100 ans pour construire cette église. Dans toute l'histoire de l'humanité, aucun projet humain n'a pris autant de temps pour être réalisé. Même les plus pharaoniques (en parlant de projet pharaonique, la pyramide de Khéops : dix ans seulement). C'est tout à fait normal : la personne qui lance un projet veut assister à sa réalisation. Dans le cas présent, si la construction de l'église a commencé en 1008 (ce qui est loin d'être prouvé), elle devait être achevée dans la décennie suivante. Il est fort possible qu'il y ait eu des travaux à la fin du XIe siècle, mais ce n'étaient pas des travaux prévus dans le plan d'origine.

Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous ont pour source Internet.


Datation

Il nous est difficile de dater la grande tour cylindrique de l'image 4. Elle a pu servir de tour de défense. Cependant ses dimensions interrogent : pourquoi avoir fait une base aussi large? Certes, il n'est pas rare de rencontrer des tours de défense dont la base est élargie en un glacis destiné à éviter les travaux de sape. Mais ce glacis est plein, alors qu'ici il semblerait qu'il y ait des fenêtres. Il est donc possible que la base soit le reste d'une construction à plan circulaire (un baptistère ?).

Pour l'église, nous notons qu'à l'extérieur (images 3 et 4), elle est décorée d'une frise d'arcatures (lombardes ?).

À l'intérieur (images 5 et 6), la nef supérieure est formée de trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau principal est porté par un ensemble mixte de piliers (rectangulaires et cylindriques). Il faudrait faire une analyse plus détaillée afin de savoir s'il y a alternance entre les piliers rectangulaires et cylindriques. Dans ce cas, un tel système pourrait provenir du Nord de l'Europe. Les arcs reliant les piliers sont simples.

La crypte (images 7, 8 et 9) est, à notre avis, plus tardive que le reste de l'église. Nous entrevoyons une possibilité concernant la construction de cette église. À l'origine, la nef devait être d'une grande hauteur avec des piliers partant du sol de l'actuelle crypte jusqu'aux arcs de l 'église supérieure. Et il devait y avoir un plancher horizontal (en bois) séparant la nef en deux parties. Il aurait été décidé ultérieurement de remplacer ce plancher en bois par un sol soutenu par une voûte de pierre.

Le peu de contraintes imposées à cette voûte, l'obscurité dans laquelle se trouvait cette église inférieure, autorisaient l'utilisation d'un matériau (chapiteaux et colonnes) de remploi.

Il est manifeste que les voûtes de cette crypte sont romanes (XIe-XIIe siècles).

Assez paradoxalement, la phrase du texte « L'église supérieure est consacrée en 1105 » pourrait se révéler intéressante. En effet, pour de nombreuses églises, les consécrations d'autels ont été faites à l'occasion de déplacements de reliques. On recevait de nouvelles reliques. On décidait alors de créer de nouveaux autels avec construction d'un cadre pour les accueillir. Il s'ensuivait des changements de dédicaces, et en conséquence, des consécrations ou des reconsécrations d'autels. La date de consécration de 1105 qui est celle de la consécration de l'autel de l'église supérieure pourrait donc être la date de voûtement de la crypte.

Datation envisagée pour l'abbaye du Saint Sauveur de Montecorona (édifice d'origine identifiable dans l'église supérieure) : an 900 avec un écart de 100 ans.